Interview de Mathias Pastor, fondateur de Teech

Ecrit par| Vrac

Vous en avez peut-être déjà entendu parlé, Teech (prononcez « teach ») une start up lancée au début de cette année, est une plateforme de C2C permettant aux étudiants de recevoir de l’aide de la part d’autres étudiants plus expérimentés, dans la rédaction de leur personal statement ou de leurs devoirs par exemple. Interview exclusive avec Mathias Pastor un des fondateurs de Teech.

PS : Mathias, tu fais actuellement tes études à Oxford et en parallèle tu as lancé Teech, pourrais-tu commencer par nous présenter rapidement le concept.

MP : L’idée est de permettre aux gens de monétiser leur savoir. Globalement, aujourd’hui, pour montrer que l’on est bon en maths ou en histoire, il y a pas de moyen très efficace, on peut mettre des petites annonces, mais c’est très dur de forcer le bouche-à-oreille, sinon on peut aussi rentrer dans une agence, mais c’est une procédure assez longue et ils prennent souvent des commissions ridicules. Chez Teech, on veut que les gens optimisent leur temps, clients comme Teechers. La meilleure façon de montrer qu’on est un bon tuteur d’histoire c’est justement de répondre à des questions en histoire que d’autres utilisateurs (possibles futurs clients) pourraient avoir. Comme ça en répondant le Teecher met en avant ses services, et au passage un utilisateur récupère une réponse gratuite. Plus les Teechers répondent et plus leur nombre d’upvotes par réponse est élevé, mieux ils sont référencés dans les listes. Pour l’instant la possibilité de devenir Teecher est réservée aux étudiants à l’université, mais n’importe qui peut prendre des cours ou poser des questions.

PS : Qu’es-ce qui pour toi rend Teech vraiment différent des offres déjà présentes sur le marché ?

MP : Sur la partie des Questions-Réponses (le Q&A), c’est la motivation financière derrière des réponses rapides et de bonne qualité. En effet, vu que les Teechers perçoivent leurs réponses comme une façon de mettre leurs compétences en avant, ils ont tout intérêt à répondre très rapidement, ainsi on ne dépend plus exclusivement sur la générosité des utilisateurs comme sur les forums. Nous partons du principe qu’un camarade de classe ou un élève du même cours à peine plus âgé en sait plus sur la manière d’apprendre et de réviser un cours qu’un professeur qui n’est jamais sorti de sa salle de classe.
Pour la partie du tutoring, c’est surtout le prix qui est avantageux, notre offre est nettement inférieure à celles déjà présentes sur le marché alors qu’on garantit une proximité élève-teecher dure à égaler; nous sommes également plus justes avec le Teecher, on ne prend que 10% de commission, contre 40-50% en moyenne pour les agences. Mon exemple préféré c’est celui du personal statement, il est corrigé analysé et commenté pour 10£, en 7 heures environ, par un élève qui est en ce moment même en train de faire exactement le cours choisi par le postulant dans l’université de son choix. Les autres entreprises le font pour 150£-250£ en moyenne, et cela prend la plupart du temps entre 48 et 72 heures (sinon il faut payer 50£ pour le premium en 24h) sans parler du fait que c’est souvent fait par des “spécialistes” aux compétences discutables.

PS : Plutôt novateur comme concept. Comment l’idée vous est-elle venue ?

MP : Neil, mon co-founder, a eu l’idée originale. Il était à 2 jours d’un examen de Java, bloqué sur un programme, et il ne trouvait pas son erreur. Ils sont 300 dans son cours de Computer Science à Kings (ndlr. King’s college), au moins la moitié d’entre eux auraient été prêts à l’aider pour 5£, voire même gratuitement, mais il n’avait aucun moyen de les joindre facilement, pas de plateforme où communiquer. Par ailleurs les gens qui ont pris Computer Science aux US ou au Canada auraient également pu l’aider, surtout qu’il était prêt à payer, mais là encore il n’y a pas de plateforme existante. Donc il s’est dit qu’il fallait la créer, et c’est ce qu’on est en train de faire. On est en train de créer la première plateforme où n’importe quel individu pourra monétiser son savoir et le partager.

PS : Et actuellement vous en êtes ou ?

MP : On a lancé la campagne du personal statement en sneak-peak (fr. avant-goût), et le produit va être lancé en phase. La première version sortira vers mi-décembre, elle mettra en avant nos tuteurs, et permettra la prise de cours par visioconférence avec un système de partage de documents. A partir de janvier on aura un produit encore plus complet, avec toutes les fonctionnalités de Questions-Réponses et bien plus au fur et à mesure! Nous sommes vraiment très excités d’arriver à ce stade.
L’idée nous est venue en mars dernier, et la première levée de seed funding s’est finie fin juin, donc on y a déjà mis énormément d’efforts, et nos Teechers dont le nombre ne cesse d’augmenter (ndlr. plus de deux-mille actuellement) ont vraiment hâte de commencer aussi.

PS : Lancer un projet si considérable à ton âge c’est à la fois génial et super ambitieux, est-ce que vous avez rencontré des problèmes majeurs jusqu’à présent, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?

MP : Ça fait toujours un peu prétentieux quand on dit qu’on a lancé une startup, et on a parfois l’impression que l’on ne nous prend pas assez au sérieux. C’est surtout le cas quand on fait rentrer des gens de l’extérieur dans l’équipe. Mais une fois qu’on a réussi à créer une dynamique d’équipe et de vraiment établir les rôles, la plupart de nos problèmes ont été résolus. L’autre difficulté à laquelle ont est confronté au quotidien c’est le fait que Neil et moi sommes encore à l’université. On trouve ça lent et on doit quand même aller à quelques heures de cours par semaine, mais le travail qu’on a pour Teech nous oblige à vraiment optimiser notre temps. Je vais à Londres deux fois par semaine pour les product meeting, j’ai souvent plus de 4 ou 5 heures de travail par jour dans le cadre de Teech, et je fais mon travail pour Oxford en profitant un peu de la vie ici, du coup rares sont les nuits où je m’accorde plus de 5 ou 6 heures de sommeil…

PS : Rapidement, parlons un peu de toi pour terminer, qu’est-ce que cela t’apporte vraiment sur le plan personnel ?

MP : J’adore l’université, sur un plan social, c’est vraiment incroyable et il y a beaucoup d’opportunités pour être stimulé intellectuellement. Mais globalement je trouve que ça n’avance pas. Il n’y a pas de rêve, pas de grands projets, le temps passe très vite ; on écrit dissertations sur dissertations, mais en soit la vie n’avance pas vraiment. Avec Teech c’est diffèrent, quand je pars de mon université à l’allure moyenâgeuse pour me retrouver dans nos bureaux à Shoreditch où la vie avance à 2000 à l’heure, j’ai vraiment l’impression de profiter du meilleur des mondes, on va vraiment transformer la façon dont on apprend et c’est une idée et un objectif incroyablement excitant.

P.S.

Last modified: 9 décembre 2015

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