L’interview: Drive4Less

Ecrit par| Vrac

L’idée en deux mots:

Drive4Less est une association dont l’objectif est de rendre le permis de conduire accessible à tous en mettant à disposition une plateforme en ligne, permettant une mise en relation des personnes souhaitant entrainer leur conduite avec des accompagnateurs bénévoles.

 

L’entrepreneur et la construction de l’entreprise:

Paolo Piffaretti, 21 ans, étudiant en économie à l’université de St-Galles, avait depuis son adolescence envie de lancer sa propre entreprise. Redoublant sa première année en 2014-2015, il veut rentabiliser un maximum son temps et faire quelque chose qui ait du sens pour lui. Il participe à de nombreux séminaires parlant de l’entrepreneuriat, à l’un desquels il entend une phrase qui va beaucoup l’influencer: « La prochaine fois que vous avez un problème, essayez d’y trouver une solution plutôt que de vous énerver dessus ».

Le problème auquel il décide de s’attaquer est un problème bien connu des jeunes suisses: obtenir son permis de conduire, respectivement s’entraîner assez avant de passer l’examen pratique. Ses parents lui avaient financé une dizaine d’heures d’auto école, mais afin d’acquérir l’expérience nécessaire à l’obtention du permis, il faut bien plus.

Sa réflexion a été la suivante: on a le droit de faire de la conduite accompagnée avec une personne détenant un permis depuis trois ans au moins et ayant plus de 23 ans. La plupart des personnes le font avec leurs parents, mais pour beaucoup c’est impossible, notamment pour ceux qui, comme lui, n’habitent plus dans leur ville d’origine.

L’idée de réellement se lancer est venue autour d’une bière avec son futur cofondateur, au début des deux semaines de révisions mi semestre 2014. Ils travailleront principalement à leur business modèle, qu’ils présentent à un concours de «Startfeld» (un organisme de la confédération soutenant l’entrepreneuriat chez les jeunes, dans la Suisse orientale). Drive4Less remporte d’emblée le deuxième prix au concours: 4500 francs!

 

Les hauts et les bas:

Un premier prototype est très rapidement lancé dans le canton de St-Galles afin de tester la réaction du public face au produit et il rencontre très vite un franc succès.

Le fort impact médiatique de Drive4Less se fait ressentir dans toute l’Europe. En Belgique une autre équipe tente de copier l’idée mais échoue. En France et en Allemagne des sociétés proposent maintenant des services similaires. Partout on repense le processus d’obtention du permis de conduire

Néanmoins, Drive4Less rencontre rapidement une très forte opposition de la part des professeurs d’auto-école, qui se sentent attaqués sur un terrain qui leurs était jusque là incontesté. Les cofondateurs de la jeune association reçoivent des lettres de menaces de professeurs d’auto-école et un mois après le lancement, une lettre du département de la justice de St-Galles, leurs intimant de cesser toute activité dans le canton…

Le positionnement de Drive4Less n’était pas assez clair. Ils ne remet à aucun moment en doute la légitimité des auto-écoles ni a pour but de leurs voler des clients. L’association n’est pas une alternative aux professeurs d’auto école, mais à la conduite accompagnée avec les parents.

Ils se sont donc vu forcés de retravailler de nombreux mois le concept initial avec l’aide d’avocats afin de clarifier l’idée et d’être en accord avec la justice. La plateforme ne pourra être rouverte qu’au début du mois de septembre 2015.

Leur dernière grande victoire est d’avoir conclu des partenariats avec des professeurs d’auto-école suisse-allemands, preuve que le but de l’association a été bien compris et que la coopération est possible entre l’association et les auto-écoles.

 

Quelques chiffres:

  • Equipe initiale: 2 cofondateurs
  • Equipe aujourd’hui: 2 cofondateurs, 1 programmeur, 1 designer et 1 professeur de l’université (dans l’ordre auquel ils les ont rejoint)
  • 1ère date clef: 2 semaines, deuxième prix du concours Startfeld
  • Travail moyen: 4 heures / jour, 7 jours / semaine
  • Salaire moyen: 0.- / mois
  • Budget initial: 4000.- (principalement investit en achat de serveurs) et 4500.- par Startfeld (principalement investit dans des services d’avocats)

 

L’entrepreneuriat pour Paolo Piffaretti:

“As tu en toi ce qu’il faut pour devenir entrepreneur?“, “On naît entrepreneur, on ne le devient pas“, “Si tu te demandes si tu es entrepreneur, c’est que tu l’es pas…“, sont des phrases que Paolo déteste. Beaucoup se sentent mis sous pression par ces affirmations. Nous ne sommes pas tous des créateurs compulsifs, des génies de l’innovation. On nous donne l’impression que de créer son entreprise doit venir tout seul, que c’est naturel et d’après lui c’est faux!

Créer son entreprise est un processus de remise en question constant. Presque personne a une illumination et se lance directement, sûr de lui, sur le bon chemin. Il est normalement indispensable d’hésiter, d’essayer, de se tromper pour arriver à une bonne solution.

 

Ses 3 conseils:

  1. L’idée de base doit essentiellement être solide. Mais la probabilité de devoir complètement changer de direction est grande et il ne sert donc à rien d’investir trop de temps à élaborer un business modèle, qui va probablement changer de A-Z!
  2. Lancer le plus vite possible un prototype, un produit sur le marché afin de voire la réaction du public. Les décisions futures en dépendent fortement.
  3. “Everything is informal“, ne vous interdisez rien sous le sceau du: “ça se fait pas“, contactez les personnes que vous voulez, allez là où vous sentez que vous devez aller.

 

W.G.

Feel entrepreneurship

Sources: interview avec Paolo Piffaretti, cofondateur de Drive4Less

Last modified: 23 novembre 2015

One Response to :
L’interview: Drive4Less

  1. Encore un grand merci pour ce fabuleux article!

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