Un retour sur la conférence: “Unleashing Scientific Entrepreneurship: How to Turn Risks into Opportunities”

Ecrit par| Evènements passés

Une des « Breakout Sessions » de Tech4Dev auxquelles Innovation Time eut la chance de participer fut celle organisée par Innovation Forum Lausanne, avec pour intervenant principal Dennis Pamlin, qui vint nous entretenir des défis et risques auxquels la civilisation fait face ainsi que des opportunités qui les accompagnent.

Dennis Pamlin est un entrepreneur, fondateur de 21st Century Frontiers, auteur du rapport « 12 risks that threaten Human Civilization ». Après avoir occupé les fonctions de Global Policy advisor pour la WWF de 1999 à 2009, il dirige aujourd’hui le Low Carbon Leaders Project à l’ONU. Dans le cadre de son intervention, Dennis Palmin tenait à démontrer que les risques globaux auxquels notre civilisation fait face peuvent être à la source d’importantes opportunités, tant individuelles que pour l’espèce.

Tout d’abord, il s’employa à contextualiser ces risques, dans une époque à la fois fantastique et dangereuse, celle, selon lui, de la 4ème révolution industrielle. Basée sur le développement fulgurant des technologies informatiques et de communication, celle-ci va bientôt vivre un moment pivot : en effet, la structure est présente, il s’agit maintenant d’en tirer parti et d’inventer des modes de vie proprement révolutionnaires. Des exemples ont déjà fleuri, comme Tesla ou Google ; il y a 30 ans, le précieux contenu de votre poche droite vous aurait coûté, entre le GPS, l’appareil photo, ou encore la calculatrice, près d’un million de dollars. Et c’est sans compter les usages aujourd’hui courants que nos aînés n’auraient pu imaginer.

Les 12 risques qui menacent notre civilisation

 

Tiré de la présentation de Dennis Pamlin, Tech4Dev 2016.

Tiré de la présentation de Dennis Pamlin, Tech4Dev 2016.

Cependant, cette époque riche d’innovations voit avec les nouvelles technologies naitre de nouveaux risques, alors même que ces technologies nous aident à réduire certains risques face auxquels nous étions auparavant impuissants. Ces risques extrêmes sont récapitulés dans la diapositive ci-dessus, et pourraient mener jusqu’à la disparition pure et simple de notre espèce. Mais point de catastrophisme chez notre intervenant (qui par ailleurs s’avéra très déçu de la couverture médiatique de son rapport, plus orientée sur la fascination pour la fin du monde que par la mise en avant de solution, comme ici, , et surtout ici). Au contraire, les solutions existent, et passent tout d’abord par une reconsidération du risque lié à l’innovation, par sa mesure. Une approche plus méthodique, permettant d’éclairer les « zones grises » entre les deux extrêmes du spectre risque que sont « risque trop élevé» d’une part et «sans aucun risque» de l’autre. La formule que M. Pamlin utilise est la suivante : le risque, c’est la probabilité de sa réalisation, multiplié par l’impact que celui-ci pourrait avoir. Dans le cas des douze risques qui pourraient menacer la civilisation, cet impact est considéré infini car conduisant à une destruction totale. Il reste alors à classer ces risques par probabilité, hiérarchisant ainsi les priorités. Une approche voisine peut être celle de Bill Gates, qui pose la question, macabre, de savoir quelle est la plus probable cause de mort de 10 millions de personnes dans les 20 prochaines années, afin d’orienter son action philanthropique.

Une solution par l’innovation ?

« Et moi alors ? » vous écriez vous à raison à ce stade de l’article. « Qu’est-ce qu’un individu, fût-il entrepreneur, peut-il faire face à de tels risques, qui dépassent d’autant sa petite personne ? ». Fortuné lecteur, Dennis Pamlin a pensé à vous. Il est nécessaire, à son avis, de sortir de l’opposition, parfois stérile, contre les industries nocives pour l’environnement et la santé, et au contraire de proposer des solutions alternatives. Prenons un exemple : plutôt que d’essayer de faire interdire les cigarettes à tout prix, une approche plus efficace pourrait être de fonder une start-up qui propose une alternative, plus saine pour le consommateur, son entourage et les caisses de l’assurance maladie (vous aurez reconnu les cigarettes électroniques, petits futés). De même, face aux risques sur la santé et l’environnement soulevés par la consommation excessive de viande, proposer des protéines de remplacement attractives ne serait-il pas plus efficace que de mener une guerre contre la viande rouge ?

Cette approche se base sur deux piliers principaux : tout d’abord, le consommateur doit percevoir son intérêt dans le changement de ses habitudes : il est utopique de penser qu’il suffise qu’un produit soit durable/respectueux de l’environnement, pour que celui-ci parte à la conquête des marchés mondiaux. Il s’agit donc de tout d’abord concevoir son produit/service comme astucieux (« smart ») d’abord, durable ensuite. La plus-value doit résider ailleurs que dans le volet écologique, ou sanitaire : une personne ne fera pas l’effort de changer ses habitudes en sacrifiant simultanément son confort. Toutefois, si elle perçoit les enjeux liés au diesel, à la cigarette ou à la viande rouge en trop grande quantité, cette personne aura plus de chance de basculer vers votre nouveau service. C’est le second pilier de l’approche de notre conférencier : il faut faire en sorte que les scientifiques et entrepreneurs, et la population de manière générale, soient correctement informés.

Une prise de conscience plus globale est nécessaire

C’est ainsi que Dennis Pamlin conçoit la manière d’aborder les risques globaux auxquels nous, en tant qu’espèce, sommes confrontés. Elle repose à la fois sur notre capacité d’innovation, mais aussi sur une communication et information accrue, afin de créer les conditions nécessaires à des innovations réussies et décisives. Il faut cependant apporter quelques nuances quant à la puissance des projets innovants. Si pour certaines catastrophes (touchant l’environnement et la santé principalement), cette approche séduisante est pertinente, on voit cependant mal l’entrepreneur de demain fonder une start-up afin de dérouter le prochain astéroïde dangereux pour la Terre. D’où proviendrait ses recettes ? Dans combien de milliers d’années sera-t-il rentable ? Et nous n’abordons pas plusieurs risques globaux épinglés par le rapport, tels que qu’une guerre nucléaire, une crise systémique globale ou encore une future mauvaise gouvernance mondiale, face auxquels l’innovation paraît bien démunie, en terme de proposition de produit ou de service. L’information, la vulgarisation de ces problèmes, effectuée par différentes associations (comme pour les astéroïdes, ici), médias, ou encore par des personnalités pertinentes sur de tels sujets pourrait favoriser une prise de conscience collective. Une organisation mondiale en charge de la coordination des travaux dans ces domaines, une prise au sérieux des enjeux par les analystes ainsi que les décideurs mondiaux serait un pas en avant vers une meilleure gestion de ces risques.

Last modified: 23 mai 2016

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