Interview de l’entrepreneur lausannois Serhat Açig

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Serhat Açig est le fondateur de EGEN, une startup active dans le pressing écologique. Lancée en octobre 2016, EGEN connaît depuis lors une croissance considérable. La jeune startup dispose, à l’heure actuelle, de deux points de vente situés à Yverdon-les-Bains et à Vevey. Lors d’un entretien téléphonique, nous avons pu interviewer Serhat Açig, qui nous a parlé des principaux défis que doit affronter un jeune entrepreneur au jour d’aujourd’hui.

 

Pourriez-vous nous parler brièvement de votre formation ? 

« Après avoir terminé ma scolarité obligatoire, j’ai poursuivi avec une formation en tant qu’apprenti programmeur. Pendant cette période j’ai pu acquérir beaucoup de compétences informatiques, mais, peu de temps après, j’ai réalisé que je ne voulais pas en faire mon métier. Effectivement, mon souhait était avant tout d’apprendre les bases de la gestion d’entreprise. Ceci m’a donc poussé à commencer une nouvelle formation en tant qu’employé de commerce. Au cours des années suivantes, j’ai pu travailler dans trois sociétés différentes : une startup, une usine et une PME. Chacune de ces expériences m’a apporté énormément de connaissances sur le fonctionnement d’une entreprise, que ce soit en matière de management, de gestion des ressources humaines ou de marketing. Pour cette raison, je considère que ces années-là ont été fondamentales pour la suite de ma carrière »

 

Quelles raisons vous ont amené à vous lancer dans l’entreprenariat ?

« Deux constats principaux m’ont fait comprendre que l’entreprenariat était le bon chemin pour moi. Le premier est le fait d’avoir un caractère adéquat au métier d’entrepreneur. En effet, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours eu une certaine prédisposition à prendre des décisions. Typiquement, quand on faisait des travaux de groupe à l’école, je voulais souvent diriger mes camarades et leur donner des indications pour accomplir la tâche demandée. En plus de cette capacité, un entrepreneur doit savoir gérer la pression, prendre des risques mais également être prêt à sacrifier une importante partie de sa vie privée au profit du parcours professionnel. Personnellement, j’étais persuadé de disposer de ces caractéristiques, c’est pourquoi, déjà lors de mon second apprentissage, je réfléchissais à une idée à la base de ma future startup.

C’est par ailleurs à ce moment, que j’ai pu faire le deuxième constat, à savoir le fait que le monde des grandes entreprises ne me correspondait pas. Je voulais faire un travail dans lequel je me sente totalement engagé, qui me passionne vraiment et qui me permette d’échapper à la routine quotidienne. La solution à ce dilemme a été le métier d’entrepreneur. »

 

Pourriez-vous décrire l’activité de votre startup EGEN ?

Serhat Açig a fondé EGEN en octobre 2016, lorsqu’il avait 22 ans

« La volonté d’EGEN est de créer une alternative aux pressings traditionnels, qui soit plus respectueuse de l’environnement et de la santé des employés. Notre méthode de nettoyage favorise l’utilisation d’eau combinée à des produits de nettoyage biodégradables, et évite ainsi l’apport de tout solvant chimique. En particulier, lors des nettoyages de vêtements à sec, nous n’employons pas de perchloroéthylène (PER), un composé chimique très volatil, classé comme cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer.

En proposant une telle solution, notre startup cherche à apporter une révolution majeure dans un secteur où très peu d’entreprises osent le faire. Grâce à nos technologies, nous pouvons en effet rivaliser avec des concurrents qui se trouvent sur le marché depuis plusieurs décennies. De ce fait, je pense qu’EGEN s’est avéré comme étant bien plus qu’un pressing, mais plutôt une démonstration que même dans les secteurs où on l’imagine le moins, on peut créer de l’innovation. »

 

À quel moment avez-vous compris que votre idée pouvait réellement être compétitive sur le marché?

« J’ai compris qu’EGEN pouvait percer dans le marché lorsque j’ai réalisé que, en plus d’être plus écologiques, nos procédés étaient également plus rentables que ceux des pressings traditionnels. Nos machines de dernière génération nous permettent de faire des cycles de nettoyage de 17 minutes, contre une moyenne d’1h20 pour une machine à laver standard ; ce qui se traduit par une économie de 30% d’électricité. En outre, nos programmes sont compatibles avec tous types de textiles (cachemire, jean, tissu éponge…), et nous garantissent une récupération des eaux usées. Selon nos calculs, avec un espace de cinquante mètres carrés, nous avons la même capacité de production qu’un pressing traditionnel six fois plus grand. Après avoir analysé tous ces aspects, je me suis rendu compte que notre solution était fortement compétitive. »

 

Quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées avec projet ?

« La première difficulté à laquelle j’ai fait face était l’exploration d’un marché qui m’était inconnu. Effectivement, avant de démarrer l’activité je me suis longuement renseigné sur mes concurrents, sur leurs techniques de nettoyage, et sur ce qui pouvait être amélioré dans ce secteur. Ensuite, j’ai dû procéder à la récolte de fonds, un élément indispensable pour lancer un projet. J’ai donc utilisé tous les moyens que j’avais mis de côté durant mon adolescence, pour pouvoir ouvrir le premier point de vente. Enfin, j’ai dû apprendre à diriger une véritable entreprise. Entre autres, il a donc fallu embaucher des employés compétents, gérer les démarches administratives et trouver rapidement des clients. »

 

Nous savons que vous comptez lancer un deuxième projet, que pouvez-vous nous en dire ?

« Cette deuxième startup s’appellera WILLKA (ce qui signifie à la fois « sacré » et « miracle » dans le langage inca), et elle cherchera à accélérer la transition vers un type d’agriculture durable. Nous voulons mettre en place un système de culture des plantes écologique, hautement performant et fonctionnel pendant toute l’année et dans n’importe quelle région. La mission de WILLKA est de fournir des denrées alimentaires de qualité et en grandes quantités, sans devoir les importer et sans utiliserde pesticides. Je suis conscient de la nature ambitieuse de ce projet, mais je suis également convaincu de pouvoir atteindre les objectifs préfixés. »

 

Quels seraient les principaux avantages de disposer de deux startups ?

« Tout d’abord il faut préciser que gérer deux startups en même temps est très complexe. Cela requerra beaucoup d’heures de travail, je devrai en quelque sorte “créer le temps”, c’est-à-dire travailler tous les jours sans arrêt, et renoncer presque entièrement à ma vie privée. De plus, il faudra garder un bon moral même dans les moments difficiles et faire preuve d’une grande organisation. Le meilleur moyen pour faire coexister deux startups en apparence très différentes, est trouver un élément qui lie ces deux activités. D’une telle manière le développement de l’une contribuera au succès de l’autre, et vice-versa. Pour ce qui concerne EGEN et WILLKA, je ne peux encore dévoiler la stratégie qui me permettrait de créer ce cercle vertueux, mais quand je le ferai beaucoup resteront surpris »

 

Nous traversons aujourd’hui une période compliquée à cause du COVID 19. Comment doit agir un entrepreneur pour maîtriser au mieux cette situation ?

« La ligne directive dans des circonstances pareilles est de continuer d’avancer dans le brouillard, et ne surtout pas s’arrêter. Chaque entrepreneur doit donc trouver le moyen de rester motivé pendant cette mauvaise passe, pour pouvoir reprendre de la meilleure des façons. Par ailleurs, cette période peut représenter une excellente opportunité pour prendre du recul et identifier les aspects à améliorer au sein de l’entreprise. Personnellement, le fait de disposer d’autant de temps libre m’a permis de m’aérer l’esprit, de penser à moi, mais également de me remettre en question. »

 

Faire du Business en Suisse, est-ce plus simple qu’ailleurs, en comparaison notamment au reste de l’Europe?

Un des deux points de vente de EGEN, situé à Yverdon-les-Bains (Vaud)

« La réponse à cette question varie énormément en fonction du domaine dans lequel l’on opère. De manière générale, je pense que les compétences sont l’un des facteurs plus importants à la base de la réussite d’une entreprise. De ce point de vue en Suisse on dispose d’écoles reconnues au plan international comme l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne), qui regorgent de personnes qualifiées. En outre, la Suisse bénéficie de caractéristiques démographiques et géographiques favorables. Effectivement nous habitons dans un petit pays, ce qui signifie que si l’on propose un produit de qualité, on pourra connaître plus facilement une expansion nationale. En plus de cela, la Suisse se trouve au cœur de l’Europe ; sa position est donc très intéressante car elle peut représenter un pont vers d’autres marchés, comme l’Allemagne par exemple.

Enfin, les statistiques montrent que la population suisse oriente souvent ses choix de consommation en fonction de la qualité du produit et de la réputation du producteur, en mettant ainsi au second plan le prix. Dans notre pays, au cours des dernières années, on observe une ouverture de plus en plus marquée vers la nouveauté et le changement. Par conséquent, la clientèle suisse va généralement faire le pas pour essayer un produit ou un service d’une startup prometteuse. Pour ces raisons, je considère la Suisse un terrain particulièrement fertile pour un entrepreneur désireux d’innover. »

 

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à un jeune entrepreneur souhaitant lancer sa propre activité ?

« Premièrement, avant de créer une startup, un entrepreneur doit en priorité voir la réalité en face ; c’est-à-dire disposer des fonds nécessaires pour démarrer l’activité, ou du moins, être en mesure de se les procurer. En effet, une excellente idée ne suffira jamais, à elle seule, pour entrer sur le marché. Deuxièmement, il faut faire un état des lieux du marché dans lequel on s’aventure. Il est indispensable d’examiner attentivement le secteur visé, au plan national et international, pour s’assurer que l’idée soit unique, et donc non exploitable par des concurrents.

Troisièmement, un entrepreneur doit savoir bien s’entourer. En d’autres termes, une équipe de travail doit être composée de personnes compétentes et partageant les mêmes valeurs. Cet aspect est capital pour créer une relation de confiance entre les membres de l’équipe, et ainsi s’assurer que tout le monde soit déterminé à atteindre les objectifs de l’entreprise. Pour finir, je conseille à quiconque décide de lancer une startup d’affronter l’expérience entrepreneuriale avec passion. Essayer de réaliser un tel projet sans en être pleinement convaincu, est difficilement synonyme de bons résultats. Sur son parcours un entrepreneur rencontre systématiquement des obstacles, et le seul élément qui peut lui permettre de toujours aller de l’avant est la passion. »

Filippo Costa

Last modified: 20 mai 2020

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