article trésorerie 2021 IFJ

Comment gérer sa trésorerie au début d’une jeune entreprise ?

Avoir la meilleure idée entrepreneuriale, réussir brillamment à lever des fonds, bénéficier d’une clientèle fructueuse sont des éléments importants pour le démarrage d’une startup, mais insuffisants pour rendre votre entreprise viable. En effet, si vous gérez mal votre trésorerie, votre entreprise pourra tôt ou tard fermer ses portes même en étant rentable ! Pour vous aider lors d’une nouvelle trésorerie, voici un exposé d’exemples sur les aspects négatifs et positifs à considérer.

Le tableau de flux de trésorerie 

La trésorerie est ce qu’on appelle communément le “cash“. C’est l’argent qui est à disposition de l’entreprise que ce soit dans la caisse ou sur le compte bancaire. S’il n’y a plus de cash, l’activité de la société ne peut plus continuer car elle ne pourra plus faire face aux échéances et aux paiements. Le contrôle de la provenance et l’utilisation de l’argent liquide se fait alors à travers un plan de trésorerie, un outil indispensable à la gestion financière de l’entreprise.

Dès le démarrage de l’entreprise, il faut prendre l’habitude de tenir un tableau de flux de trésorerie mensuel détaillé. L’objectif de ce document financier est de visualiser vos flux de trésorerie passés, présents et de faire des prévisions futures. En effet, la trésorerie prévisionnelle vous permet d’avoir une vision globale dans les mois à venir et de pouvoir anticiper si l’argent venait à manquer par exemple. Dans ce tableau, vous y inscrivez les encaissements et les décaissements d’argent, c’est-à-dire les entrées (telles que chiffre d’affaire, TVA incluse, ventes planifiées, apports en capital) et les sorties d’argent (notamment les achats, loyers, salaires, charges téléphoniques et divers, assurances, investissements, impôts). Des logiciels et des modèles en ligne sont disponibles pour vous aider si vous avez de la peine avec les chiffres. Une bonne gestion du cash signifie alors un suivi qui doit s’équilibrer au mieux avec l’assurance que les rentrées d’argent puissent couvrir les dépenses

L’art de gérer la trésorerie d’une startup 

Les erreurs à ne pas commettre :

1. Mettre la trésorerie nette dans l’ombre de la rentabilité

Considérons Wonga, une entreprise de prêt anglaise qui a accordé un crédit à court terme à intérêt élevé. L’entreprise a réussi à faire du profit au début, cependant il s’est avéré que beaucoup de clients avaient du mal à rembourser leur crédit. Les managers de l’entreprise ont admis qu’ils n’ont pas choisi les clients soigneusement et n’ont pas eu suffisamment de contrôle sur les factures clients non payées pour pouvoir les réduire. Donc, leur focalisation sur les bénéfices et leur négligence par rapport aux transformations des comptes clients en trésorerie ne leur a apporté que des problèmes à long terme. En général, plus les clients retardent le paiement de leurs dettes, moins les créances de l’entreprise sont susceptibles d’être recouvrées, raison pour laquelle une rentabilité n’est pas forcément garante d’une trésorerie nette.

2. Gérer la trésorerie immobilisée d’une manière inefficace

La rotation des stocks mal contrôlée mène au risque de perte ou de détérioration, et par conséquent à l’augmentation des besoins de financement à court terme. Nike est une entreprise qui a évidemment un grand nombre de marchandises, ils ont eu du mal à tracer leurs prestations et, comme résultat, ont perdu $100M au début des années 2000.  

3. Ne pas garder un oeil sur les dépenses

S’engager dans des dépenses frénétiques lorsque la startup connaît un engouement et une croissance exponentielle peut faire mal. Ce fut l’une des raisons de la chute de l’entreprise Save, experte dans la réparation de smartphones et appareils électroniques. Trois ans après l’ouverture de la première boutique en France, Save connaît la gloire internationale en 2015 avec des filiales en Europe, 500 salariés et une levée de fonds réussie. Cependant un an après, une consommation excessive du cash par mois fait que la société n’arrive plus à rembourser ses dettes. Elle est alors mise en redressement judiciaire.    

4. Ne pas rester terre à terre et se laisser porter par la folie des grandeurs

Oui, il faut croire en son business et être optimiste par rapport aux ventes, mais on a parfois tendance à avoir les yeux plus gros que le ventre et à ne pas être assez réaliste dans ses prédictions. Le cas de la startup genevoise Jamathi Diary illustre ce propos. Jamathi Diary était un carnet qui combinait l’agenda et le journal intime. Après avoir eu un grand succès d’édition à la Fnac et chez Payot, 5 fois plus d’exemplaires ont rapidement été commandés auprès de son fournisseur. Malheureusement, les ventes ne suivent pas comme prévu et la startup se retrouve endettée, contrainte d’arrêter cette aventure. 

Les astuces à succès:

1. Avoir une planification continue des liquidités

Le suivi du flux de trésorerie régulier vous permet de mieux vous projeter à court terme et d’anticiper les éventuels moments de difficultés financières. Ainsi, les raisons du problème pourront être détectées plus facilement afin d’y remédier au plus vite. C’est une des clés du succès de la startup Farmy, un marché alimentaire en ligne qui n’a pas sous-estimé cet aspect là. Ils ont en effet su traduire leur stratégie de croissance dans leur plan de financement : en anticipant les hausses d’entrées financières provenant de la croissance de leur clientèle et en se protégeant d’une potentielle hausse des coûts variables avec comme choix de se fournir principalement auprès de producteurs et agriculteurs locaux.

2. Prévoir un budget viable minimum et maximum

Avant d’attirer des investisseurs, les dirigeants d’une entreprise émergente doivent planifier le meilleur et le pire des scénarios de fonctionnement de l’entreprise: le budget minimum nécessaire pour que l’entreprise commence à fonctionner et plus tard commence à fonctionner sur ses propres flux de trésorerie, et le budget maximum, tenant compte des dépenses supplémentaires possibles. Ce dernier est souvent ignoré afin de ne pas effrayer les investisseurs potentiels. Tesla donne une impression d’entreprise prospère, probablement en raison de sa popularité, cependant, elle n’a pas encore connu d’année rentable. Une telle entreprise innovante nécessite beaucoup d’investissement dans la création de batteries, des lignes de production et d’autres dépenses difficiles à prévoir car Tesla est un pionnier dans la fabrication de voitures utilisant des énergies renouvelables. Pour cette raison, le budget viable est difficile à estimer et Tesla a souvent besoin de fonds supplémentaires, ce qui met l’entreprise à risque. On peut espérer que toutes les dépenses consacrées aux nouvelles technologies porteront leurs fruits et que Tesla deviendra finalement indépendante et financièrement stable, cependant cet exemple illustre la nécessité de définir le budget viable minimum et maximum et de disposer de fonds de sécurité avant de lancer les opérations.

3. Suivre les paiements des clients de près

Vous pouvez être un très bon vendeur mais si les clients sont lents à payer, alors vous pourriez avoir de la peine à faire avancer vos affaires. Pour éviter cette situation, des solutions sont envisageables comme inciter les clients à payer en avance par des offres de réduction ou leur demander des acomptes. On peut également envoyer des rappels de facturation avant la date d’échéance et appliquer des sanctions si les retards persistent. Dans le cas de Blablacar, la compagnie pratique un système de commission qui facture immédiatement au moment de la réservation du covoiturage en tant que passager. De ce fait, les paiements sont ainsi sécurisés.

La trésorerie en temps de crise  

Le chemin de l’entrepreneuriat n’est pas de tout repos mais une prudence financière va vous aider à résoudre de nombreux soucis. La bonne gestion de la trésorerie demande de l’effort et de la rigueur mais elle est indispensable pour la pérennité de l’entreprise, surtout lorsque celle-ci est impactée par des événements extraordinaires et externes comme une crise économique, une catastrophe naturelle ou une pandémie du type covid-19. Il est donc primordial de posséder des réserves suffisantes pour faire face à de tels imprévus et les éléments évoqués plus haut doivent être encore plus examinés qu’en temps “normal”. L’attention doit être portée sur la réduction des coûts, l’augmentation des marges et l’amélioration du besoin de fonds de roulement avec pour objectif de garder un maximum de cash disponible. L’anticipation des flux de trésorerie reste plus que jamais le mot d’ordre. Une crise majeure est aussi l’occasion de repenser son modèle économique. S’en sortir grâce à une bonne gestion de trésorerie vous rendra d’autant plus fort et renforcera votre position sur le marché! 

Daria Nikolaevskaya et I-Teng Leung

Innovation Time Genève

logo Innovation Time Genève

Last modified: 1 mars 2021

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *